29/07/2014 19:06 par BlogNotes

 

Tout au fond de ma cour

Entouré de hauts murs noircis

Un pauvre arbre sans jour

A poussé sous le ciel de Paris

Il ne reçoit qu'un soleil tiède et las

Et de l'eau qui a lavé les toits

Il n'a pour l'égayer

Que les chats du quartier

Tout au fond de mon coeur

Prisonnier de barrières de fer

Un impossible amour

Cherche à s'épanouir en plein air

Celle que j'aime est séparée de moi

Par la vie

Et l'amour se languit

Tout au fond de mon coeur

 

Tout au fond de ma cour

Pour construire un jardin de joie

Un chantier s'est ouvert

Et l'on détruit les murs à pleins bras

L'arbre chétif a déplié ses doigts

Ses bourgeons se sont gonflés déjà

Une fleur violette

Montre sa jolie tête

Tout au fond de mon coeur

Le bonheur est entré soudain

Est entré avec toi

Et l'amour nous a pris dans ses mains

Les murs s'écroulent et je suis emporté

Par la vie

Et l'amour chante et rit

Tout au fond de mon coeur

 

 

 

Boris Vian, Tout au fond de mon coeur.


29/07/2014 18:53 par BlogNotes

  • 29/07/2014 18:53 par BlogNotes


29/07/2014 18:45 par BlogNotes

Boris Vian est un de ces aventuriers solitaires qui s'élancent à corps perdu à la découverte d'un nouveau monde, la chanson. Si les chansons de Boris Vian n'existaient pas, il nous manquerait quelque chose. Elles contiennent ce je-ne-sais-quoi d'irremplaçable qui fait l'intérêt et l'opportunité d'une œuvre artistique quelconque. J'ai entendu dire à d'aucuns qu'ils n'aimaient pas ça. Grand bien leur fasse ! Un temps viendra comme dit l'autre, où les chiens auront besoin de leur queue, et tous les publics des chansons de Boris Vian. [Georges Brassens.]


22/06/2014 17:30 par BlogNotes


22/06/2014 17:29 par BlogNotes

  • 22/06/2014 17:29 par BlogNotes


22/06/2014 17:28 par BlogNotes

 

Chapitre I  Adelphin dans ses grolles

 

 

Le Comte Adelphin de Beaumashin passait une chemise blanche devant son Mirophar-Brot qui resplendissait de feux convergents. Il y avait ce soir-là grand raout chez la Baronne de Pyssenlied et Adelphin, désireux de paraître à son avantage, avait fait préparer par Dunoeud, le valet modèle, son frac numéro un, qu'il n'endossait que dans des circonstances exceptionnelles. L'habit gisait, bleu nuit, sur le pied du large divan recouvert d'une peau d'ours de Barbarie achetée par Adelphin lors d'un voyage de découverte en République d'Andorre. Les revers de soie mate luisaient d'un doux éclat et la ganse du pantalon au pli impeccable tranchait dans toute sa longueur le fourreau guibollaire prêt à être passé. Dunoeud n'avait point oublié le leger papillon d'une virginité entière dont la pose prochaine allait parachever la perfection d'une toilette savamment comprise dans sa recherche qui n'excluait pas cette presque simplicité tolérable seulement chez les individus solidement constitués et les mal bâtis au portefeuille abondant.

C'est ainsi qu'Adelphin mettait des souliers jaunes.

 

 

 

Chapitre II  Le jaune est une couleur

 

 

Platon, dans un pamphlet resté fameux paru vers 1792, formule en quelques phrases bien pensées sa conception de l'univers. Il se résume pour lui à l'écran d'une espèce de cinéma sur lequel se projettent des ombres animées que d'aucuns prennent pour réalité quand la réalité se trouve en réalité derrière eux. Partant d'une idée analogue, Adelphin s'était dit: pourquoi pas des souliers jaunes si je ne me montre qu'à contre-jour? Il avait donc décidé de ne se montrer qu'à contre-jour, tâche relativement aisée si l'on réfléchit que, sous nos latitudes, elle est facilitée la moitié du temps par l'absence de jour, que l'on appelle communément la nuit, phénomène au cours duquel le jour et le contre-jour se rejoignent avec régularité. D'ailleurs les souliers, quoique jaunes, étaient parfaitement adéquates à l'ensemble de la tenue du Comte, qui posait sur sa chevelure rousse une casquette grise à pois mauves et s'enveloppait d'une ample cape de velours cramoisi (à l'intérieur) soutachée d'herminette et de besaiguë, et doublée extérieurement des milliers de draps noirs formant la matière constitutive des milliers de capes noires, qui, le soir, voltigent à quelques pouces des omoplates de milliers d'hommes du monde. Sous sa cape de drap noir (et, à l'intérieur, de velours cramoisi) Adelphin portait beau. Ainsi, saisissant une canne à pommeau de bruyère culottée électriquement il se baissa d'un coup sec et ramena du fin fond d'un recoin subpajotique le bouton de col qui lui avait échappé comme il se déshabillait deux jours auparavant.

 

 

 

Boris Vian, Trouble dans les Andains, Extraits.


19/04/2014 13:07 par BlogNotes


19/04/2014 13:07 par BlogNotes

  • 19/04/2014 13:07 par BlogNotes


19/04/2014 13:06 par BlogNotes

 

Il a dévalé la colline

Ses pas faisaient rouler les pierres

Là-haut entre les quatre murs

La sirène chantait sans joie.

 

 

Il respirait l'odeur des arbres

Avec son corps comme une forge

La lumière l'accompagnait

Et lui faisait danser son ombre

 

 

Pourvu qu'ils me laissent le temps

Il sautait à travers les herbes

Il a cueilli deux feuilles jaunes

Gorgées de sève et de soleil

 

 

Les canons d'acier bleu crachaient

De courtes flammes de feu sec

Pourvu qu'ils me laissent le temps

Il est arrivé près de l'eau

 

 

Il y a plongé son visage

Il riait de joie il a bu

Pourvu qu'ils me laissent le temps

Il s'est relevé pour sauter

 

 

Pourvu qu'ils me laissent le temps

Une abeille de cuivre chaud

L'a foudroyé sur l'autre rive

Le sang et l'eau se sont mêlés

 

 

Il avait eu le temps de voir

Le temps de boire à ce ruisseau

Le temps de porter à sa bouche

Deux feuilles gorgées de soleil

 

 

Le temps d'atteindre l'autre rive

Le temps de rire aux assassins

Le temps de courir vers la femme

 

 

Il avait eu le temps de vivre.

 

 

 

Boris Vian, Chansons et poèmes, L'évadé.


19/04/2014 12:53 par BlogNotes